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ALESSANDRO SANNINI
Dossier de recherche indépendantMis à jour le 16 octobre 2026
05 / VENTURE IMPACT

Financement mixte et additionnalité

Choisir le bon instrument au juste prix

Le financement mixte pose des questions très concrètes : qui supporte les premières pertes, qui encaisse le rendement, qui décide et qui finance l'échec ? Les ressources concessionnelles sont rares. Elles devraient servir à corriger une défaillance de marché identifiable, non à subventionner un investisseur qui serait entré aux conditions normales. Les orientations OCDE/CAD insistent sur l'additionnalité de transaction et de système ainsi que sur la limitation des distorsions [R08].

Un bien public peut relever d'un don. Un organisme susceptible de rembourser après succès peut utiliser un don récupérable. Une phase incertaine peut justifier des capitaux patients, une dette subordonnée ou une garantie temporaire. Là où l'activité dispose de flux de trésorerie et de garanties ordinaires, la dette bancaire ou le capital-investissement classique restent pertinents. Il ne s'agit pas d'une hiérarchie morale mais d'une adaptation économique.

Une garantie first-loss n'est pas une mesure d'impact

Prenons un portefeuille de prêts entièrement hypothétique de 5 millions d'euros destiné à des services spatiaux pour des infrastructures publiques. Un organisme garantit les premières pertes à hauteur de 1,5 million. Le ratio 5/1,5 = 3,33 compare l'encours nominal à la garantie. Il ne mesure ni le capital privé réellement mobilisé en supplément, ni un bénéfice pour les citoyens.

Une analyse sérieuse exige les conditions de financement sans garantie, la raison de l'absence de financeurs, le prix de la couverture, la durée, le partage des récupérations et le bénéficiaire réel de l'avantage économique. Une structure qui socialise les pertes tout en privatisant l'intégralité des gains peut n'être qu'une protection du rendement.

Trois situations distinctes

Dans un dispositif de prévention des crues, un don peut financer l'adoption locale, les protocoles et la validation. Ce qu'il faut prouver est un meilleur processus de décision, non des vies sauvées extrapolées à partir d'une carte.

Dans la gestion de l'eau, une aide temporaire peut prendre en charge une validation indépendante avant qu'un opérateur ne s'engage commercialement. La preuve porte sur les pertes d'eau effectivement réduites, la qualité du service, les prix et l'accès des populations vulnérables.

Dans le rachat majoritaire d'une PME rentable de géoinformation, le fonds peut imposer des investissements supplémentaires en interopérabilité, sécurité et accessibilité. La performance financière, le résultat pour le client et la contribution propre du financeur restent trois tests autonomes.

Le minimum nécessaire

La séquence rationnelle consiste à identifier la barrière, demander une offre de marché non subventionnée, calibrer l'intervention la moins déformante, prévoir une extinction ou une réduction progressive de l'avantage et rendre public le partage des bénéfices économiques. Certains services resteront durablement publics : il serait trompeur de leur imposer une trajectoire artificielle vers une levée de capital ou une introduction en Bourse.